«Le mobile banking est avant tout une bonne nouvelle pour les candidats à l'exode rural»
Elhadji Mounirou Ndiaye, chef du département des Sciences économiques et de gestion à l'Université de Thies, est spécialiste de l'économie des réseaux, des contrats, de la régulation et des partenariats public-privé. Entretien.

Réseau Télécom : Quel peut être l'importance du mobile banking pour nos banques dans un monde de vitesse ?
Dr Elhadji Mounirou Ndiaye : Le mobile banking est avant tout une bonne nouvelle pour les candidats à l'exode rural. Les anciens systèmes d'envoi d'argent se sont avérés trop onéreux pour des citadins bénéficiant de faibles revenus tirés essentiellement de petites exploitations commerciales informelles. Il est ainsi la source d'une baisse importante des frais d'envoi d'argent vers les villages. Une internationalisation approfondie du système va contribuer considérablement à l'exacerbation d'une concurrence, qui poussera inéluctablement les acteurs comme Western Union à ajuster leurs tarifs.
Concernant les banques, il s'agit d'une véritable révolution qui va drastiquement réduire leurs charges. Déjà le nombre de guichets va être revu à la baisse, à la grande défaveur de l'emploi. Cela pose encore une fois le problème du remplacement de l'homme par la technologie, puisque plusieurs tâches vont être de plus en plus accomplies par les puces électroniques. Mais il faut savoir que les banque se sont multipliées et que la concurrence impitoyable qu'elles se livrent laisse une marge de profitabilité très étriquée pour les plus faibles. Ceci n'est pas une mauvaise nouvelle pour les clients, qui peuvent bénéficier de services bancaires à moindre coût.
RTN : En général, quel peut être l'apport des TIC pour nos économies ?
EMN : Le premier avantage est perçu par le citoyen lambda, qui voit sa vie considérablement facilitée par les avancées technologiques. Les gains de temps sont incommensurables.
Au Sénégal, le progrès des TIC, accéléré par la libéralisation des télécommunications depuis 1996, est la source d'importantes valeurs ajoutées actuellement. Les téléservices ont généré plus de 30 000 emplois depuis dix ans, sans oublier que la SONATEL représente 8% du PIB et 12% des recettes fiscales du Sénégal. Cette place importante est indépendante de la conquête d'autres marchés tels que le Mali (IKATEL) ou la Guinée Conakry (Orange Guinée).
En général, on peut dire que les TIC ne pouvaient pas manquer au rendez-vous de la hausse des besoins et de l'insuffisance de l'offre, subies actuellement de plein fouet par les petites économies africaines. La facture des importations est largement supportée par le développement d'une économie de services portée par les TIC. Elle apporte progressivement des outils sophistiqués de lutte contre les concussions et les malversations, surtout dans les finances publiques. D'ailleurs, la rationalisation des choix budgétaires est essentiellement portée par l'informatique.
RTN : Y voyez-vous tout de même des inconvénients ?
EMN : Il existe deux inconvénients majeurs : l'économie de services est en train de prendre une dimension qui risque de dévier les petites économies de leurs lignes prioritaires, à savoir le secteur primaire. Ainsi, les services représentent près de 60% de l'économie sénégalaise, alors que l'agriculture et la pêche sont des priorités qui doivent susciter le plus d'investissements. L'agriculture et la pêche représentent chacune environ 5% du PIB, et les économistes ont démontré que si chacun de ces secteurs dépasse le seuil de 10% du PIB, la pauvreté aura été considérablement combattue. Donc, en même temps que les TIC prennent leur place, il faut que la politique économique ne laisse pas en rade les priorités qui doivent tirer la croissance économique. Un autre inconvénient est la prolifération de l'économie souterraine. Les petites économies africaines n'ont toujours pas de stratégies efficaces contre la cybercriminalité.
Propos recueillis par Chérif Seye










