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N°53 Avril 2012

RTNTV

Futures générations de mobiles en Afrique : quels enjeux au-delà de la technologie ?

Les nouvelles générations de réseaux mobiles et de terminaux associés vont impacter les offres des opérateurs télécoms, notamment en Afrique.

Par Jean-Michel Huet, directeur Emerging Markets de BearingPoint

Trois grandes familles de réseaux cohabitent aujourd’hui : la famille GSM (après le GSM ou le GPRS, c’est au tour de l’EDGE, de l’UMTS, du HSDPA, HSPA+ et LTE), la famille CDMA (après le CDMA stricto sensu, l’Ev-Do RevA, et l’UMB) et la famille  Wimax (avec le Wimax 16d et le 16e).

Les réseaux mobiles haut débits sont nécessaires mais, en bout de chaine, avoir des terminaux mobiles adaptés est tout aussi essentiel.
Les réseaux mobiles haut débits sont nécessaires mais, en bout de chaine, avoir des terminaux mobiles adaptés est tout aussi essentiel.

Si la première famille a le plus de chance de se développer, ces différents réseaux constituent la base technologie de la prochaine décennie. Au-delà des questions techniques liées aux forces et faiblesses de chaque réseau, le management des futures générations de réseaux télécoms en Afrique passe par la prise en compte de trois grandes questions. En  premier lieu, l’usage de ces réseaux, et notamment dans la phase actuelle de développement des télécoms en Afrique (en caricaturant un tiers de la population équipée, un tiers couvert mais non cliente, un tiers non couvert) ; en second sujet, l’adaptation des terminaux mobiles aux nouveaux réseaux en intégrant les spécificités du continent ; et troisièmement la capacité des opérateurs à mettre en œuvre rapidement une articulation pertinente entre réseaux et offres de services. Reprenons ces trois enjeux.

Le « bottom of the pyramid »
A l’horizon 2012, une grande partie des marchés télécoms dans les pays émergents africains va arriver  à un nouveau palier de stagnation de leur croissance. Ce ralentissement ne résulte pas uniquement de la saturation du marché global, mais aussi de la population ciblée à ce jour. Les zones urbaines et périurbaines ont longtemps été la priorité des opérateurs mobiles du fait des contraintes technico-commerciales dans la couverture des zones  rurales (accès aux sources d’énergies, coût de déploiement de site radio « standard », réseau de distribution, etc.). Pourtant, les zones urbaines et périurbaines ne représentent que le tiers de la population en Afrique. La marge de progression potentielle des opérateurs se situe donc sur les deux tiers de la population africaine vivant en zone rurale et constituant le segment « very low income », disposant de moins de 4 dollars de revenus par jour.  L’accès à ce segment permettrait de passer de 40% à 80% de pénétration ; encore faut-il garder un niveau de rentabilité acceptable.
Reconnaissant l’importance du marché potentiel des zones rurales dans les pays émergents africains, des nouveaux entrants  dans le secteur des équipementiers télécoms et certains acteurs historiques se sont engagés dans le développement de nouvelles solutions mobiles parfaitement adaptées. Ces innovations technologiques réduisent considérablement le seuil d’acceptabilité technico-économique pour le déploiement de réseaux mobiles. Elles vont permettre aux opérateurs mobiles d’affiner leur plan de développement sur ces nouveaux marchés.

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Pénétration du smartphone dans le monde.


Innovations marketing et tarifaires
Ensuite, les opérateurs devront adapter leurs services et s’engager à nouveau dans une démarche d’innovations marketing et tarifaires pour réussir pleinement sur le segment du « very low income ». Citons trois services qui illustrent les tests en cours des opérateurs.
L’offre de MTN « virtual SIM card » permet depuis un téléphone et une seule carte SIM de disposer de plusieurs numéros et donc de plusieurs comptes prépayés : plusieurs abonnés partagent un téléphone. Autre exemple, le service de « PCV » depuis un mobile et sans opératrice vient d’être lancé avec succès. Enfin UTL a lancé en Ouganda un terminal mobile à bas coût utilisant exclusivement l’énergie solaire pour se recharger.
De manière générale, l’acquisition du segment  « low income » nécessite une modification de l’écosystème (partage des revenus et des coûts). L’acteur concerné sera amené à remettre en question son organisation, le cas échéant en créant de nouvelles entités spécialisées. Une redéfinition des relations existantes entre les acteurs de l’écosystème est à prévoir, aussi bien en termes de densité du réseau de distribution, afin de renforcer la proximité client, que de gestion des points de ventes ou encore de lobbying auprès du régulateur.
De nouveaux partenariats verront également le jour. L’opérateur fera appel à des acteurs tiers pour l’expansion du réseau de distribution, le développement d’une marque puissante, construite autour de valeurs sociales et communautaires, voire le lancement de sa nouvelle marque « low cost ».
La forte potentialité économique de ce nouveau segment notamment en zone rurale, offre une opportunité de croissance pour les opérateurs mobiles mais aussi constitue des menaces pour les grandes marques panafricaines. Si ce marché est laissé vacant durablement, de nouveaux entrants peuvent s’y développer avec de nouvelles armes. L’impact économique du mobile peut amener les gouvernements et les autorités de régulation à négocier avec des opérateurs de niche tel que cela a été fait en Afrique du Sud après que Vodacom et MTN ont indiqué qu’il ne souhaitaient pas s’y développer (1).

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Réseaux et terminaux
Si les opérateurs télécoms développent ces nouveux réseaux, à débit plus élevés, c’est bien entendu pour proposer des services à plus forte valeur ajoutée que la voix et les SMS, et en premier lieu des contenus et l’accès à Internet. Nous sommes convaincus qu’un véritable saut quantique (déjà observé entre voix fixe et voix mobile) va s’opérer en Afrique et que l’Internet mobile va décoller plus que l’internet fixe. Pour cela les réseaux mobiles hauts débits sont nécessaires mais, en bout de chaine, avoir des terminaux mobiles adaptés est tout aussi essentiel. Par adapter, il faut entrendre à la fois des specificités de design liées à l’Afrique (une résistance plus grande à la poussière, au sable, aux écarts de températures mais aussi une durée des batteries et une capacité à intégrer des capteurs solaires, par exemple) mais aussi l’aspect coût des terminaux. Les smartphones actuels sont encore trop chers pour le revenu des habitants, d’autant que le faible taux de « postpayé » entraine une absence significative de subventionnement des terminaux mobiles. 
A titre d’exemple, le partenariat Microsoft-Mediatek s’inscrit également dans cette logique de développement, en ciblant les pays émergents. Il vise à fournir une solution de smartphone doté d’un riche contenu multimédia et à un rapport coût-performance très attractif. Un tarif plus compétitif est une manière de réduire cette barrière à l’entrée et donc de permettre une ouverture plus grande du marché.
Les enjeux associés sont de premier ordre : Les smartphones permettent un développement de l’accès à Internet, très en retard dans ces pays. Les contenus multimédia, les succès récents de la CAN et de la Coupe du Monde de Football, illustrent un réel engouement pour le multimédia. Si cet engouement peut être segmentant avec des smartphones (prix, question de l’illettrisme), le terminal téléphonique comme canal de diffusion multimédia peut, lui, prendre une vraie importance. Dans les zones rurales de ces pays émergents, le téléphone portable est plus répandu que la télévision et dans des proportions considérables. En Afrique subsaharienne, la pénétration des télévisions en milieu rural est cinq fois inférieure à celle des portables (ratio de 1 à 2 dans les villes toujours à l’avantage du portable) … seule la radio est plus présente. Donc, plus encore que dans les pays développés, le smartphone peut devenir demain le terminal par excellence des contenus multimédias.
iPhone, Nokia OVI, Samsung Bada, Google Android, MeeGo sont autant d’alternatives pour les nouveaux écosystèmes des smartphones. Huawei, ZTE, MediaTek sont des équipementiers susceptibles de bousculer le niveau de prix actuel des smartphones et d’accroître le potentiel de marché de ces terminaux. Ainsi, durant le Mobile World Congress 2011, quelques exemples ont été présentés : TTL a annoncé le  lancement d’un terminal Android pour moins de 200 € (non subventionné) ; le CSO de  Huawei Guo Ping a plaidé pour un smartphone à moins de 150 € non subventionné avec des fonctionnalités proches de celles de l’iPhone ; ZTE a présenté son terminal Android « Bingo », etc.

La difficulté de synchronisation entre le déploiement de réseaux et le marketing
Le 3ème enjeu pour les opérateurs, liés au deux premiers, réside dans leur capacité à articuler dans leur organisation le déploiement des réseaux et les offres marketing associées, tout ceci en garantissant l’équation coût adaptée à des marchés où l’ARPU n’excède guère le 7/10 d’euros par mois. A ce titre, cette capacité de synchronisation, illustrée par le graphique ci-dessus, est un enjeu beaucoup plus complexe que pour les réseaux classiques (GSM et CDMA) de 2nd génération. La sollicitation des réseaux sur la partie data sera plus importante qu’avec la voix et une bonne coordination deviendra cruciale entre les différents acteurs au sein des opérateurs.

1) Pour plus de détail sur les approches « bottom of the pyramid » des opérateurs télécoms, lire : Emmanuel De Gastines, , Jean-Michel Huet , Marc Velten, « Segments « low income », l’Eldorado des acteurs économiques en Afrique, Lettre convergence, juillet 2010, 24 pages

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