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N°53 Avril 2012

RTNTV

La migration vers les réseaux NGN est devenue inéluctable

 

Dans cet entretien, Pierre-Yves Descombes, Solution Manager pour le Management des Devices chez HP CMS, explique pourquoi les architectures haut débit existantes devront obligatoirement être mises à niveau et migrer vers les NGN (New Generation Network). De cette migration dépendra aussi  l’évolution des capacités des réseaux, de la convergence fixe/mobile et de la nécessité d’améliorer l’extensibilité de leur bande passante et leur QoS (qualité de services).

6Pierre-Yves Descombes : « Nous accompagnons les opérateurs dans la mise en place de sous-partie à haute valeur ajoutée de ces réseaux. »

Entretien réalisé par Mohamadou Diallo

Réseau Télécom Network : Pourquoi la migration vers les NGN est-elle devenue inéluctable pour les opérateurs de télécommunications ?
Pierre-Yves Descombes : L’objectif des politiques de déploiement du haut débit de nouvelle génération devrait permettre aux opérateurs de maximiser les opportunités de croissance du marché. A mesure que les éléments de réseaux, les plateformes d’accès et les services deviennent plus modulaires et plus standards, de nouvelles sources de revenus apparaissent, comme le confirme la tendance à la stabilisation de l’ARPU haut débit après des années de diminution et de « commoditisation » du marché. La migration vers les NGN est cependant une condition préalable à la croissance. Il y a aussi le vieillissement et l’obsolescence des réseaux de premières générations. Compte tenu de tous ces facteurs, le remplacement par de nouvelles générations de réseaux est inéluctable.

RTN : Quelles sont les innovations attendues de ces réseaux NGN ?
PYD : Les réseaux NGN devront à terme proposer de la convergence fixe/mobile, améliorer l’extensibilité de leur bande passante et leur QoS (qualité de services), et devront également répondre au défi du triple et du quadruple play, ainsi que faire face à la vive concurrence des fournisseurs « over-the-top » (Google, Yahoo, MSN, Apple/iPod, etc.). Les récents événements en Tunisie et en Egypte ont démontré que tous les jeunes ont les mêmes besoins et la même culture en termes de communications évoluées, qu’ils soient en Afrique ou en Europe. Nous allons assister à l’évolution progressive et rapide de ces réseaux dans les pays qui ne sont pas encore au point. C’est un phénomène de mondialisation. Certains équipementiers proposent à la fois des réseaux innovants et des modes de financement très attractifs. L’évolution vers les NGN est inéluctable. Dans certains cas, en Afrique, les réseaux WiFI ou Wimax pourraient, se substituer à ces besoins de communications mais ce ne sera  pas suffisant.

RTN : Comment cette tendance a-t-elle évolué ?
PYD : L’évolution de cette tendance a débuté  il y a une vingtaine d’années. A l’origine, personne ne pouvait parier sur le développement des services SMS sur des terminaux conçus pour faire de la voix. Dans la première génération de GSM, les services SMS étaient prévus juste pour, faire des contrôles de fonctionnement. Mais face à l’engouement populaire et malgré une interface déficiente, les SMS sont devenus un mode universel d’échange de données. Parallèlement, il y a eu une évolution significative de l’Internet qui arrive dans un premier temps par les réseaux filaires, et puis il y a eu les câblo-opérateurs, ensuite les téléopérateurs qui proposent désormais de l’Internet, puis l’internet haut débit pour les foyers. Les réseaux mobiles ont suivi cette évolution pour proposer la mobilité avec les données. De plus en plus sophistiqués, les terminaux ont proposé des applications qui allaient au-delà de la voix et des SMS. Cette évolution a tiré vers les services data. Dans un premier temps, cela s’est passé via les réseaux GPRS qui permettaient désormais de synchroniser la messagerie, la gestion des contacts, du calendrier pour les professionnels nomades. Pour le grand public,  les équipementiers ont mis sur le marché des nouvelles générations de terminaux qui offraient la possibilité de faire des photos, puis de la vidéo (avec maintenant une qualité avérée), que les utilisateurs pouvaient envoyer par MMS en mode GPRS…

RTN : Les débits ont-ils suivi ?
PYD : Il s’agit d’une simple évolution de la technologie GSM/GPRS permettant d’obtenir des débits moyens de 130 kb/s en réception et de 60 kb/s en émission, 6 à 10 fois plus importants. Mais c’est beaucoup moins performant que la 3G avec ses 250 kb/s de débit moyen en téléchargement, et autant performant en émission, voire un peu plus (50 kb/s). Une nouvelle évolution de l’EDGE, la technologie GERAN (GSM Edge Radio Access Network), autorise des débits de 400 kb/s.
Le besoin est maintenant de transférer de plus en plus rapidement les données, tout en conservant l’usage classique de la voix et la transmission des SMS. Les opérateurs mobiles peuvent être amenés à empiler ainsi les technologies.
De l’usage initial du SMS, et par analogie avec l’usage de l’internet, on a évolué vers les tchats, puis vers des usages nécessitant une connexion ininterrompue ;  on est alors passé des communications asynchrones à des communications quasi synchrones, du moins en terme d’expérience utilisateur ressentie.  Ces nouvelles applications font exploser la bande passante, sans parler des besoins de stockage de ces informations, qui amènent vers la technologie Cloud.

RTN : Quel est l’impact de cette évolution des débits sur les réseaux ?
PYD : Les réseaux ont suivi car pour les opérateurs, il s’agit d’accompagner la demande du client vers des services innovants pour générer du revenu ou rester attractif. C’est à partir de là que sont apparus les réseaux de nouvelles générations. Dans certains pays comme l’Afrique du Sud, l’offre de services est quasi identique aux offres que l’on retrouve en Europe, aux Etats-Unis ou encore en Asie.
L’évolution des futurs réseaux devra aussi supporter  l’introduction du machine to machine (M2M). Ces solutions proposent des machines capables de communiquer avec des applications centrales sans intervention humaine. Même si les chiffres varient beaucoup d’une étude à l’autre, les prévisions annoncent un développement de masse. À la fin de cette décennie, le marché des communications M2M devrait connaître une croissance spectaculaire de 40 % par an. Soutenu par les progrès de la technologie des réseaux, le développement des communications machine to machine permet de connecter presque n’importe quel périphérique à Internet ou à un réseau. Le M2M s’appuie sur une combinaison de technologies et protocoles déjà en place et fonctionnels : IPv6, Zigbee, Bluetooth, SMS, GPRS, GSM, cartes à puce, RFID, wifi, modules, terminaux…
Des initiatives mondiales, comme le Smartgrid, pourront bénéficier à des programmes de développement ou de modernisation de l’infrastructure, et l’Afrique devrait se lancer dans la mise en place de ces réseaux futurs ce qui permettrait d’anticiper les besoins.

RTN : Que deviendront alors les anciens réseaux de première génération  qui ont nécessité d’importants investissements ?
PYD : Quand on parle de remplacement de réseaux, cela suppose, bien évidemment, que l’investissement soit amorti avant de passer à la nouvelle génération. En Afrique, on parle encore de généralisation du taux de couverture des réseaux. Les opérateurs devraient saisir cette opportunité pour implémenter des réseaux de type NGN.
Les opérateurs continueront de superposer des réseaux. Les premières générations de réseaux pourront servir soit à faire du back-up, soit à capturer le trafic voix, etc.

RTN : HP dispose-t-il d’une offre dans ce domaine ?
PYD : HP ne propose pas d’installer des réseaux clés en main. C’est aujourd’hui le métier des équipementiers télécoms. En revanche, nous accompagnons les opérateurs dans la mise en place de sous-partie à haute valeur ajoutée de ces réseaux. Aujourd’hui, au niveau de l’entité CMS (Communication media solutions, l’entité Telco de HP), nous avons un portfolio qui nous permet d’intervenir dans un certain nombre de domaines comme la transformation de l’OSS, les applications réseaux type IVR, le management des devices et leur migration vers M2M, avec notamment des applications pour provisionner et gérer automatiquement les terminaux et les abonnés.
HP fournit également le SDP (Service Delivery Plateform) qui permet  aux opérateurs d’introduire et d’opérer des services tout en faisant  le lien entre le réseau et les différentes entités, ainsi que tout ce qui concerne la gestion de la mobilité et l’authentification des équipements. Nous introduisons également la technologie Cloud pour optimiser le stockage des données sur un seul et unique compte qu’il soit à travers le smartphone, l’ordinateur professionnel, etc. Nous travaillons donc dans plusieurs sous-domaines pour aider les opérateurs à optimiser la gestion de leur réseau et développer de la valeur.
Pour l’implémentation proprement dite, nous travaillons en direct avec les opérateurs ou en partenariat avec les équipementiers eux-mêmes qui proposent des solutions.

RTN : Va-t-on alors vers la cannibalisation des services voix ?
PYD : On a assisté à un premier phénomène qui consistait à vouloir tout agglomérer sur un seul et unique terminal, mais on s’aperçoit qu’il y a des usages plus simples et spécialisés qui ont pris le pas ; il est courant de voir une personne avec un terminal  données et un terminal voix. Dire que la voix serait banalisée est une erreur. Rien ne peut remplacer la voix. Il y a eu des tentatives, mais cela n’a jamais fonctionné et les offres illimitées de voix continueront à se développer à côté d’offres illimitées de transmission de données ou/et des sms.

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