Cameroun : le ministre veut « casser » le duopole Orange-MTN
Pour accroître le taux de pénétration du téléphone mobile et obtenir une baisse sensible des tarifs, deux nouvelles licences 3G pourraient être délivrées au second semestre de cette année. Par François Bambou

Selon Jean-Pierre Biyiti Bi Essam, le ministre camerounais des Postes et des Télécommunications, deux nouveaux opérateurs de téléphonie mobile pourraient être recrutés d’ici à la fin de l’année.
La nouvelle a été annoncée le 26 mai dernier par Jean-Pierre Biyiti Bi Essam, le ministre camerounais des Postes et des Télécommunications, lors d’une réunion du gouvernement : deux nouveaux opérateurs de téléphonie mobile pourraient être recrutés d’ici à la fin de l’année. Si cette hypothèse séduit, c’est bien parce que le développement de la téléphonie mobile au Cameroun est allé si vite qu’en dix années d’ouverture du marché, le pays a révélé un potentiel pouvant accueillir un nombre plus grand d’opérateurs.
Un marché potentiellement juteux
Selon les chiffres présentés par le Minpostel, le marché de la téléphonie mobile au Cameroun, une dizaine d’années après l’implantation des opérateurs privés, se présente de la manière suivante : un parc de téléphonie mobile de 8 003 844 abonnés fin 2009 ; une pénétration téléphonique mobile estimée à 41,3% ; une couverture à près de 65% du territoire habité ; des tarifs qui sont passés de plus de 500 FCFA/mn en 2000, à l’ouverture du marché, à moins de 100 FCFA la minute en 2011. D’autre part, souligne M. Biyiti Bi Essam, les deux opérateurs Orange et MTN ont réalisé un chiffre d’affaires cumulé estimé à près de 1926 milliards FCFA depuis l’ouverture du marché en quelque dix ans, pour des investissements de 431 milliards, et créé environ 1300 emplois directs et près de 300 000 emplois indirects. Depuis leur implantation, ces deux firmes ont engrangé des bénéfices de l’ordre de 375 milliards. C’est donc un marché potentiellement juteux que le gouvernement veut ouvrir aux deux nouveaux opérateurs qui hériteront des licences 3G.
Car pour les autorités, ces indicateurs de progrès restent insuffisants, d’autant qu’une espèce de duopole s’est constituée qu’il faut « casser », selon les termes du ministre, car les tarifs restent élevés au Cameroun en comparaison avec les autres pays du continent. En plus, le gouvernement déplore le fait que les réseaux restent concentrés dans les zones économiquement rentables (Douala, Yaoundé, Bafoussam, etc.), au détriment des zones rurales qui n’enregistrent au final qu’un taux de pénétration d’environ 15%.
Les deux opérateurs Orange et MTN ont réalisé un chiffre d’affaires cumulé estimé à près de 1926 milliards FCFA depuis l’ouverture du marché en quelque dix ans, pour des investissements de 431 milliards.
8 millions de nouveaux clients d’ici 2015
C’est en vue de mieux apprécier les hypothèses de croissance du marché qu’une étude de la taille critique du marché de la téléphonie mobile a été commandée au cabinet Network Dynamics Associates LLC. Pour les autorités camerounaises, « cette situation ne peut s’améliorer qu’avec l’introduction de nouveaux opérateurs sur le marché, d’où l’objet de l’étude qui est de déterminer la taille optimale du marché de la téléphonie mobile et la projection de la demande potentielle à l’horizon 2015, pour arrêter la stratégie et le nombre de nouveaux opérateurs à faire entrer dans ce marché ».
Cette étude a révélé que 8 millions de nouveaux clients de la téléphonie mobile pourraient être enregistrés d’ici à 2015, ce qui suppose qu’il y a des parts de marché pour deux nouveaux opérateurs, sans même qu’il y ait un besoin de réaménager les spectres de fréquence. L’objectif étant d’atteindre un taux de pénétration de 76% et la réduction des coûts, qui pourraient alors retomber à 10 francs la minute en 2015.
Les tarifs sont passés de plus de 500 FCFA/mn en 2000 à moins de 100 FCFA/mn en 2011. L’objectif est maintenant d’atteindre un taux de pénétration de 76% et la réduction des coûts, qui pourraient alors tomber à 10 FCFA/mn en 2015.
Transformer la dynamique concurrentielle
Pour y arriver, les autorités envisagent de délivrer les deux nouvelles licences de téléphonie mobile 3G à des grands groupes internationaux dont l’expérience est établie. Ce scénario, commentent les responsables proches du dossier, « va radicalement transformer la dynamique concurrentielle dans le secteur des mobiles au Cameroun, en mettant ainsi fin à la situation de duopole observée depuis une décennie. De plus, l’ouverture du marché à ces opérateurs, couplée aux ressources des services 3G, va permettre à l’État d’engranger d’importantes retombées en termes de droits d’entrée sur le marché. » Dans cette perspective, en plus du développement de l’infrastructure de transport large bande sur tout le territoire national, il est prévu une réorganisation fonctionnelle de la Camtel, en vue de la séparation des activités d’accès de celles de la gestion du backbone national.
Mais toutes ces bonnes intentions ne pourront certainement pas se concrétiser dans les délais souhaités si l’administration de se met pas au travail au plus vite pour préparer des dossiers suffisamment séduisants pour des opérateurs de réputation internationale.











