| Maroc: Nouvelle licence fixe, 36 millions d'abonnés et des prix bas d'ici 2013 Le conseil d'administration de l'Anrt vient de valider la nouvelle note d'orientation du secteur pour la période 2010-2013
39,3
milliards de DH de chiffre d'affaires annuel d'ici quatre ans,
lancement de la 4G dans le mobile et passage au très haut débit
Nouvel opérateur uniquement pour le fixe et officialisation du statut d'opérateurs en infrastructure.
Après
une période de transition, au cours de laquelle l’Agence nationale de
réglementation des télécommunications s’est donné le temps d’observer
l’évolution du paysage des télécoms et de faire ses benchmark à
l’international, les orientations stratégiques du secteur pour les
quatre prochaines années ont été validées par son conseil
d’administration tenu mardi 19 janvier, sous la présidence du Premier
ministre. Elles devraient, sous peu, faire l’objet d’un communiqué de
la Primature, sous la forme d’une note d’orientation du secteur. Le
secteur aura donc observé une rupture d’une année avant de voir ses
objectifs fixés. En effet, la précédente note portait sur la période
2004-2008.
Que sera donc le secteur des télécoms d’ici quatre ans ?
Mot d’ordre de la note d’orientation, favoriser le développement de
l’accès à la téléphonie et internet en poussant à une concurrence plus
accrue dont l’objectif recherché in fine est la baisse des prix. Pour
cela, première mesure, l’Etat fera jouer les leviers de régulation à sa
disposition et dont certains ont constitué la seule fausse note dans le
plan d’application de la précédente note d’orientation. C’est l’exemple
de la portabilité des numéros, en vigueur depuis 2008 déjà mais qui n’a
pas intéressé grand-monde. Pourtant, le fait de garder son numéro de
mobile, tout en changeant d’opérateur, peut constituer un puissant
motif de volatilité des clients, induisant les opérateurs à faire
davantage en termes de prix ou de prestations pour les fidéliser.
Faut-il alors croire que les trop nombreuses offres d’accès à une carte
Sim et un téléphone pour trois fois rien, dans un marché à faible ARPU
(recette moyenne mensuelle par client) principalement basé sur le
prépayé (95% du parc des mobiles), ont freiné ce levier ?
Dans le même ordre d’idées, l’autre levier de régulation
qui n’a pas joué est celui du dégroupage. Cette technique qui consiste
pour les acteurs nouvellement entrants à louer une partie des
installations filaires de l’opérateur historique, ce qui permet au
client de changer d’opérateur fixe ou internet tout en conservant son
installation de base à la maison n’a pas eu le succès escompté. Dans la
note d’orientation précédente, le dégroupage avait été mis en place
progressivement, sans susciter l’intérêt des opérateurs. Rappelons
qu’en 2007, Maroc Telecom avait fait une offre de dégroupage partiel
(fourniture d’accès internet ADSL par opérateur tiers) jugée trop
coûteuse par la concurrence. Dans le même sens, l’offre de dégroupage
total (voix et données), entrée en vigueur en juillet 2008, est restée
sans grand intérêt. Dans ce volet-là, on peut invoquer à la fois une
question de tarifs mais également le succès inattendu de l’internet 3G
qui a freiné le développement d’une offre ADSL concurrentielle.
Enfin, le troisième volet de régulation sur lequel
compte s’appuyer l’Anrt est celui de la baisse des tarifs
d’interconnexion entre opérateurs. L’on se rappelle des frictions à
répétition dans ce créneau qui ont poussé le régulateur à intervenir
plusieurs fois. Mais de manière globale, ce levier de régulation a
donné des résultats, puisque de nombreuses révisions de tarifs ont eu
lieu entre 2004 et 2008.
Il n’empêche que la note d’orientation pour les quatre
ans à venir compte bien s’appuyer sur de nouvelles décrues de tarifs
intra-opérateurs pour stimuler la concurrence et donner un sens concret
aux notions de portabilité et de dégroupage. Moyennant quoi, les
objectifs quantitatifs fixés sont d’atteindre, en 2013, entre fixe,
mobile et internet, un parc de 36 millions de clients/abonnés contre 31
millions environ à fin 2009, soit une hausse de 16%. Important à
signaler, le parc de clients internet qui est à l’heure actuelle d’un
peu plus d’un million devra avoir doublé pour passer à deux.
Deuxième mesure, de nature à favoriser le développement
du marché, l’évolution technologique. Pour cela, l’Etat entend
carrément lancer un plan national pour le développement du très haut
débit, nécessaire au développement de services à valeur ajoutée dans la
téléphonie mobile (télévision, vidéo, applications professionnelles…),
dans le fixe (triple play) ou encore dans l’internet pris isolément
(jeux, téléchargement, transmission de données). En ce sens, des débits
de 10 Mo/s seront monnaie courante dans quatre ans et une offre de 5
Mo/s fera partie des packages d’entrée de gamme. Toujours dans le cadre
de l’évolution technologique, il est prévu le passage à la norme de
quatrième génération de téléphonie mobile (4G, norme LTE pour long term
évolution) qui permettra au téléphone mobile d’atteindre des débits
réels pour le consommateur dépassant 1 Mo/s. Il faut au passage
signaler qu’en dépit de l’existence de la norme 3G au Maroc (UMTS), les
opérateurs n’offrent, actuellement, en services de téléphonie mobile,
que la 2,5G (GPRS) alors qu’en Europe la norme 3,5 G (HSDPA) est
devenue courante.
Pour terminer, la libéralisation du secteur, troisième
mesure de développement prévue, se poursuivra de manière très
contrôlée. Ainsi, le marché continuera à abriter les trois opérateurs
globaux que sont Maroc Telecom, Medi Telecom et Wana Corporate. A ces
derniers pourrait s’ajouter un quatrième opérateur disposant d’une
licence de téléphonie fixe nouvelle génération uniquement. L’on doute
qu’il ne s’agira pas de grossir les rangs d’une offre qui sera d’ici là
surdéveloppée à destination de consommateurs particuliers avec trois
concurrents sur les rangs. Le nouvel opérateur sera plutôt positionné
dans des segments de transmission de données à destination d’une
clientèle d’entreprises. Il pourrait alors s’appuyer sur les opérateurs
alternatifs d’infrastructures (voir encadré). Avec de tels objectifs,
le secteur des télécoms devrait alors frôler les 40 milliards de DH de
chiffre d’affaires annuel d’ici quatre ans.
La note d’orientation du secteur induira de nombreux
changements dans les textes régissant le secteur et notamment la loi
29-06 relative à la poste et aux télécommunications qui sera introduite
pour approbation dans le circuit législatif au cours de l’année 2010.
Entre autres nouveautés attendues, la naissance d’opérateurs
d’infrastructure. Concrètement, il s’agira d’officialiser et de donner
un cadre réglementaire au rôle joué aujourd’hui par exemple par l’ONCF
sous contrat avec Medi Telecom ou l’ONE avec Wana, qui disposent d’un
réseau de fibre optique et en louent l’usage à l’opérateur pour le
transport de la voix et des données. |