Télécoms, trafic international- LA MAITRISE DU TRAFIC TELEPHONIQUE : UN COUP DE POUCE AU DEVELOPPEMENT
La problématique de manque de visibilité sur
le trafic téléphonique international
L’UIT, Union Internationale des Télécommunications, est
une organisation spécialisée des Nations Unies dans le secteur des TIC
(Technologie de l’Information et de le Communication) qui s'emploie de plus en
plus à instaurer un environnement favorable grâce à la modernisation et à
l'harmonisation des politiques et réglementations, à travers la mise en œuvre
de plusieurs priorités qu’elle s’est fixée à savoir: améliorer la cyber
sécurité et les communications d'urgence, faciliter le passage aux réseaux de
la prochaine génération et renforcer les capacités, en particulier dans les
pays les moins avancés notamment les pays de l’Afrique.
L'UIT se trouve ainsi à l'avant-garde des TIC, en ce sens qu'elle définit et
adopte les normes techniques convenues à l'échelle mondiale grâce auxquelles
les entreprises du secteur peuvent assurer l'interconnexion harmonieuse des
usagers et des équipements dans le monde entier.
Pour cette institution, la maitrise du flux du trafic
international est d’une importante capitale car de cette maitrise va résulter
la pertinence des normes devant régir les interconnexions entre pays, entre
continents. Comme le font remarquer Tim Kelly et Mark Woodhall de l’UIT dans
leur analyse sur les indicateurs du trafic téléphonique, le trafic est
strictement la plus importante des valeurs du secteur des télécoms et la
direction du flux du trafic édifie sur la nature et le type d’interactions
sociale et commerciale existant entre les pays. Cependant, ils nous font
remarquer qu’une partie de plus en plus importante du trafic échappe au
contrôle de l’UIT et cela pour plusieurs raisons :
-Le trafic de la voix et du fax passe par des réseaux non
gérés par les réseaux téléphoniques ordinaires ; ils passent via Internet,
des lignes spécialisées ou via des frame-relay networks
-Une part de marché de plus en plus importante est tenue
par des carriers de plus en plus petits qui ne sont pas obligés de communiquer
leurs volumes de trafic aux Régulateurs
-Un nombre grandissant du trafic ne passe plus par le
système comptable traditionnel mais passe sous d’autres régimes comptables.
Avec le remplacement progressif du système comptable traditionnel par les
systèmes fondés sur les interconnections inter-frontières, les statistiques sur
le trafic deviendront de plus en plus difficiles à collecter et de moins en
moins fiables.
Cette situation de manque de visibilité sur le volume du
trafic est d’autant plus préoccupante pour le continent africain que celui-ci
enregistre l’une des plus fortes croissances du nombre d’abonnés au téléphone
mobile dans le monde avec plus de 300% du nombre d’abonnés entre 2005 et 2009
ou nous comptons près de 500 millions d’abonnés.
Ce continent étant aussi l’un des plus gros pourvoyeurs
d’immigrés en Europe et aux USA nous pouvons aisément en déduire un flux de
plus en plus grandissant du trafic en direction de ce continent, impactant sur
la balance téléphonique les liant au reste du monde. En effet le flux du trafic
téléphonique vers l’Afrique est positivement corrélé à celui du transfert
d’argent qui, selon la Banque Mondiale a triplé entre 1995 et 2003 avec une
tendance soutenue à la hausse. Le flux téléphonique a tout aussi cru dans des
proportions plus grandes car chaque transfert d’argent effectué est accompagné
d’un coup de fil ou d’un SMS alors que l’inverse n’est pas vrai.
Ainsi, pendant que le trafic téléphonique croit de façon
substantielle vers l’Afrique, la visibilité décroît de façon significative et
inquiétante ! Il est donc plus que jamais urgent pour les Etats africains
et pour l’UIT de se doter de moyens techniques et institutionnels pour
améliorer la visibilité et la gestion de trafic.
La mise en place d’un système de gestion intelligente
des interconnexions pourvoyant plus de visibilité sur le trafic international
Pour remédier à cette situation, et permettre aux acteurs
exerçant dans leurs pays de profiter pleinement du boum téléphonique que
connait l’Afrique depuis une décennie, certains gouvernements du continent ont
décidé de doter leurs pays, à travers leurs Autorités de Régulation d’un
système de gestion et de supervision du trafic international entrant. Ce
système fourni par l’opérateur technique Global Voice Group et appelé IMS
(Interconnection Management Systems) permet aux Régulateurs de gérer le trafic
domestique, de mener un audit sur le trafic international et de tracer de façon
instantanée tout le trafic international entrant sur leurs territoires,
apportant ainsi, au niveau micro une réponse technique à cette importante
problématique macro de l’UIT.
Mieux, ce système ultramoderne de gestion intelligente
des interconnexions et de supervision du trafic international entrant permet
aussi de lutter efficacement contre la fraude qui prend des proportions
ahurissantes en Afrique et dont les acteurs sont les seuls bénéficiaires au
détriment de la facture numérique des Etats et des opérateurs légalement
constitués.
La réussite de ce système requiert, et cela est évident,
une modernisation des infrastructures existantes, la mise à niveau des
Régulateurs avec les nouvelles technologies NGN (Next Generation Network), la
mise en place d’un mécanisme de benchmark régulier pour rester à la pointe
technologique, l’exploitation efficace des infrastructures dans des pays ou les
infrastructures de base (électricité, internet, etc.) ne sont que très
limitées.
Il faut malgré tout maintenir un niveau d’ARPU (Revenu
Moyen par abonné) rentable aux opérateurs sans augmenter la facture numérique
du consommateur local, attirer et protéger les investissements dans les
télécoms en garantissant un ROI (Retour sur investissement) positif pour les
preneurs de risques et arriver à un consensus avec les opérateurs locaux dans
un partenariat gagnant-gagnant avec pour objectif de générer une balance des
télécoms (imbalance) positive.
Dans cette optique, certains pays comme l’Algérie, le Maroc
et la Tunisie ont réévalué leur marché en maintenant les tarifs à l’entrée
entre 19 et 20 centimes d’euros, le Cuba est à 55.10 centimes d’euros.
Quelques pays de l’Afrique subsaharienne ont entrepris
eux aussi de maintenir une balance téléphonique non déficitaire avec le Reste
du Monde en réévaluant leurs tarifs à l’entrée : c’est le cas par exemple du
Gabon ou l’on est à 20 centimes d’euros et du Ghana ou le seuil tarifaire se
situe à 19 centimes d’euros depuis le 1er mars 2010.
De façon plus explicite, cela signifie que les tarifs à
l’entrée autorisés ne peuvent plus être en déca de ces nouveaux tarifs qui ont
l’avantage, en plus de rééquilibrer la balance téléphonique, de stabiliser les
prix sur le marché de gros naguère sujet à des pratiques de dumping observées
çà et là par certains acteurs.
Le différentiel de prix découlant de la différence entre
les anciens tarifs (instables) et le nouveau tarif (seuil tarifaire) non
seulement n’est pas une taxe mais en plus il ne constitue d’aucune manière un
alourdissement de charges ni pour l’opérateur terminant l’appel ni pour
l’abonné qui passe son appel ; il s’agit d’une redistribution optimale des
marges entre les acteurs du marché spéculatif du Wholesale (marché de gros) des
terminaisons de trafic, l’Etat et les opérateurs qui terminent leurs appels. Aussi,
ce différentiel vient-il rajouter aux revenus de l’opérateur terminant l’appel
dans la mesure ou il a désormais un revenu minimum garanti (Revenu
Assurance) contrairement à la situation ou les prix et le marché étaient
objet à la merci du dumping incontrôlé.
Cette nouvelle approche est d’autant plus salutaire
qu’elle est conforme à l’esprit et à la lettre de la Convention de Melbourne
qui est un document de mémoire donnant la liberté à toute nation, souveraine
d’adopter la cadre réglementaire qui lui sied et qui est conforme à sa vision,
ainsi qu’il est stipulé en son préambule :Convention de Melbourne, Règlements de Télécommunications Internationales
(RTI)PREAMBULE « Le droit souverain de réglementer ses télécommunications étant
pleinement reconnu à chaque pays, les dispositions contenues dans le présent
Règlement complètent la Convention internationale des télécommunications, dans
le but d'atteindre les objectifs de l'Union internationale des
télécommunications en favorisant le développement des services de
télécommunication et l'amélioration de leur exploitation, tout en permettant le
développement harmonieux des moyens utilisés pour les télécommunications à
l'échelle mondiale ».
La mise en place du système automatique de
détection et de lutte contre la fraude
La réévaluation du seuil tarifaire à l’entrée peut susciter chez certains
acteurs de la fraude déjà engagés dans cette voie illégale, une boulimie
frauduleuse au détriment des Etats ayant mis en place le système IMS. Fort
heureusement, ce système de Gestion intelligente de l’Interconnexion mis en
place par l’opérateur Global Voice Group est en fait une solution intégrée
comportant, entre autres, un volet de détection et de lutte automatique anti
fraude. A ce propos, il est bon de souligner que la lutte contre la fraude est
l’une des grandes réussites de ce système. Pour s’en convaincre il suffit
d’étudier le cas de la République de Guinée ou en 4 mois de fonctionnement, le
système a permis de détecter et de déconnecter plus de 16.000 lignes
frauduleuses pour ne citer que cet exemple. Au Gabon, plus de 100.000 appels
anti-fraude seront effectués par mois et les prévisions estiment à 90% le taux
d’éradication définitive de la fraude sur les routes grises dans ce pays à
l’issue du premier trimestre de sa mise en route effective.
Des revenus additionnels pour les Etats et
les opérateurs de télécoms
Tous ces succès en matière de lutte contre la fraude
ajoutés à la redistribution (qui demeure, il faut le reconnaitre, encore
déséquilibrée au profit des acteurs de la bourse du marché Wholesale) des
revenus sur la chaine de valeur du marché de gros augurent des perspectives
heureuses pour les Etats mais aussi et surtout pour les opérateurs qui, sont
les plus gros bénéficiaires de ces réalisations.Car en effet, les opérateurs légalement
constitués ne seraient-ils pas les premiers qui souffriraient des routes
grises ? Ne seraient-ce pas encore les opérateurs qui pâtiraient de
l’instabilité des prix sur le marché Wholesale si rien n’était fait par les
Autorités de Régulation pour stabiliser les prix sur ce marché?
Dans cet élan d’assainissement et dans l’optique
d’inscrire l’Etat ghanéen sur le sentier de la modernité et de permettre au
pays d’avoir une balance téléphonique positive, le Ministre des Communications
Mr Haruna Iddrisu a annoncé, selon l’agence de presse du Ghana (GNA) que le
gouvernement du Ghana comptait établir cette année un centre de
vérification des appels internationaux entrants. Selon GNA, le Ministre «
estime que si cela est bien fait, le gouvernement génèrera 50 millions de
dollars US supplémentaires par an sur les appels internationaux entrants ».
Ces revenus supplémentaires, rappelons-le, proviendront
essentiellement de la fixation d’un seuil tarifaire du prix en gros de la
terminaison d’un appel vers le Ghana qui va passer des le 1er mars
2010, de0.08/0.09 dollars US à 0.19 par
minute et dont le différentiel sera partagé entre l’Etat et les opérateurs qui
exercent au Ghana. De même, ces revenus seront générés par l’éradication
substantielle de la fraude sur les appels internationaux, permettant ainsi aux
opérateurs et à l’Etat de maximiser à juste titre, leurs factures numériques
respectives.
De même, le Ministre des Postes et Télécommunications
chargé des Nouvelles Technologies de la République du Congo, M. Thierry
Moungala affirmait au cours de la cérémonie d’inauguration du Centre de
contrôle et de supervision du trafic international a affirmé « qu’en deux
mois de fonctionnement, le centre a permis d’engranger 1,8 milliards de FCFA
soit à peu près 4 millions de dollars américains ».
De quoi aider ces gouvernements à faire face à leurs
fonctions régaliennes de façon autonome réduisant ainsi leur dépendance à
l’aide internationale.